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Normes et réglementations du modulaire

Système de construction et performance énergétique : l’Europe en manque d’harmonie

20 janvier 2015

Secteur essentiel de la stratégie de transition énergétique à l’œuvre depuis une vingtaine d’années, la rénovation énergétique des bâtiments est l’une des clés de voûte des politiques des pays européens en la matière. Malgré une concertation globale, l’harmonisation des méthodes de calcul de la performance énergétique entre la France et l’Allemagne est pourtant loin d’être efficiente, même à comparaison de systèmes de construction identiques. Explications.

Des relevés de prestation énergétique et des calculs de consommation d’énergie qui varient du simple au double pour l’examen d’un même immeuble : c’est peu dire que les différents partenaires européens ne sont pas sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’application des normes de calcul de la consommation énergétique des bâtiments. Et ce constat est surtout valable pour la France et Allemagne, les deux pays affichant pour l’heure des divergences règlementaires abyssales.

Des différences notoires pour un même système de construction

Des normes d’évaluation non harmonisées

Présentée en début d’année au colloque « construction durable dans le Rhin supérieur », organisé par le réseau trinational Trion, l’étude réalisée par Hubert Schwab interpelle. Le professeur à l’école technique supérieure de Karlsruhe, par ailleurs membre associé au département génie civil de l’IUT Robert Schuman de l’Université de Strasbourg, y met en avant les fortes divergences en matière de normes énergétiques et de mesures de la consommation d’énergie entre la France et l’Allemagne.

L’étude réalisée a consisté à mesurer la consommation énergétique d’un système de construction identique, à savoir un pavillon des années 1970, selon la norme française RT 2012 d’une part, et la norme allemande DIN (Deutsches Institut für Normung, l’Institut allemand de normalisation), d’autre part. Conclusion : alors qu’ils auraient dû être très proches, les résultats obtenus sont loin d’être concordants, malgré les orientations préconisées dès 2002 par plusieurs directives européennes à propos de l’efficacité énergétique.

Les différences de résultats sont donc plutôt flagrantes. S’agissant des besoins en énergie primaire, le résultat varie de 232 Kwh/m² avec le référent RT 2012 à 455 Kwh/m² selon la norme allemande. Presque du simple au double ! Concernant la consommation de chauffage, la France se démarque par une valeur nettement plus faible.

Même système de construction mais résultats divergents

Les variations des facteurs d’énergie primaire d’un pays à l’autre, ainsi que le type d’énergie évalué lors de l’étude (l’électricité et le bois entre autres) sont la principale source d’écart entre les deux pays.

L’hétérogénéité des résultats concernant l’étude des pertes d’énergie par transmission et par ventilation, ou encore l’analyse des gains internes de chaleur et des apports solaires est également soulignée.

L’expérience s’est au final avérée biaisée du fait du manque concordance et de référence entre les mesures de ponts thermiques ou même simplement des surfaces habitables retenues pour procéder aux calculs : la norme française retenait une base de 286 m², alors que la règle allemande n’en mesurait que 238 m²... Pour le même habitat et le même système de construction, rappelons-le !

La haute qualité du système de construction en point d’ancrage

Construction modulaire et performance énergétique

Une note d’espoir pour l’avenir

La volonté politique de passer à la vitesse supérieure en matière de consommation d’énergie est cependant bien palpable, cette constatation étant valable des deux côtés du Rhin. L’accélération du rythme des rénovations thermiques et l’approfondissement des travaux, ainsi que les nouvelles exigences de performance énergétique vont dans ce sens. Tout comme les propositions communes de rénovation des bâtiments et des maisons, qui aboutissent à des résultats de plus en plus proches au fur et à mesure que le degré de performance exigé augmente.

Les premières études menées concernant l’habitat passif sont les plus prometteuses et présentent des résultats presque équivalents entre les deux pays constatés. Les chiffres deviennent même presque équivalents en ce qui concerne l’habitat passif.

L’écologie du bâtiment est donc source de rapprochement franco-allemand ! De ce point de vue, la construction ou la rénovation de bâtiments empruntant aux méthodes « propres » pour l’environnement, comme le système de construction modulaire ou les systèmes d’alimentation en énergie photovoltaïques sont appelées à se développer.

Le label HQE du système de construction français montre l’exemple

Le tableau n’est donc pas complètement noir, d’autant que d’autres points de comparaison viennent apporter une note d’optimisme quant aux possibilités d’harmonisation entre les deux pays. Ils concernent la certification « haute qualité environnementale » des systèmes de construction.

Ainsi, par la volonté des maîtres d’ouvrage, les trois niveaux de certification du label HQE (Haute qualité environnementale) français font écho aux niveaux or, argent et bronze du DGNB (Deutsche Gesellschaft für Nachhaltiges Bauen), le label allemand de la qualité et de la construction durable.

La recherche d’une hiérarchisation commune des hautes certifications environnementales est donc en bonne voie et devrait permettre à l’avenir de compenser les décalages actuellement observés. La mise en œuvre des objectifs européens à l’échelle nationale et régionale en France et en Allemagne est donc porteuse d’espoir pour l’avenir.

Le secteur du bâtiment, responsable d’une part importante de la consommation énergétique française et allemande, représente un champ d’action prioritaire pour la mise en œuvre de la transition énergétique. Si l’harmonisation des normes entre les deux pays est en bonne voie, il faudra néanmoins encore un peu de temps pour que Français et Allemands se retrouvent sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’évaluation de la consommation énergétique des bâtiments.