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Normes et réglementations du modulaire

Isolation des bâtiments et ponts thermiques : les risques d’une simplification de la RT 2012

21 mai 2015

Un groupe de travail de la démarche « Objectifs 500 000 » a récemment proposé une révision de l’un des articles de la RT 2012 afin de simplifier les règles d’isolation thermique lors de la construction des bâtiments neufs. Concrètement, cette mesure vise à supprimer l’exigence sur le coefficient linéique des ponts thermiques à la jonction entre le plancher intermédiaire et le mur extérieur des immeubles collectifs. Très loin de faire l’unanimité, cette proposition se heurte à de nombreuses critiques.

Isolation thermique des bâtiments et RT 2012

Traitement des ponts thermiques et RT 2012

La législation actuelle en matière d’isolation des bâtiments

Parmi les avancées liées à la RT 2012, la mesure figurant dans l’article 19 de l’arrêté du 26 octobre 2011 a été pensée dans le sens d’une amélioration de l’isolation et du confort thermique des bâtiments. Celui-ci stipule que « le coefficient de transmission thermique linéique moyen des liaisons entre les planchers intermédiaires et les murs donnant sur l’extérieur ou un local non chauffé, Ψ9, n’excède pas 0,6 W/(ml.K). »

Cette mesure entraîne l’obligation de traiter les ponts thermiques lors de la construction ou de la rénovation du construit. Cette nouvelle exigence de la RT 2012 impacte la définition intrinsèque des enveloppes et des façades. Elle vise à améliorer la qualité des immeubles et habitations au-delà du niveau des prestations d’isolation thermique des bâtiments, sans imposer par ailleurs un mode constructif plutôt qu’un autre. Constructions traditionnelles et modulaires partent donc sur un même pied d’égalité.

Vers une marche arrière ?

C’est peut-être une certaine morosité du marché de la construction et du BTP qui a poussé le groupe de travail « Simplifier la réglementation et l’élaboration des normes de construction et de rénovation* » à faire la proposition suivante : remonter de 0,6 à 1 le coefficient des ponts thermiques linéiques à la jonction plancher intermédiaire/mur extérieur pour les immeubles collectifs.

Les partisans de l’application de la RT 2012 pensent qu’il est logique et nécessaire de renforcer l’isolation thermique des bâtiments, notamment par le fait de corriger les ponts thermiques (sans quoi l’idée d’augmenter l’épaisseur des isolants paraît illusoire). L’application de l’article 19 de la RT 2012 apparaît donc menacée. Ce qui semble étonnant dans un contexte où Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, a décidé de faire des économies d’énergie l’un des deux piliers majeurs du projet de loi pour la Transition Energétique et de la rénovation énergétique.

* de la démarche « Objectifs 500 000 », lancée en mars 2014 par Cécile Duflot. Le Gouvernement s’est engagé dans une démarche visant à accélérer la construction et la rénovation de de bâtiments sur le moyen et le long terme pour atteindre, d’ici à 2017, les objectifs de 500 000 logements par an.

Ponts thermiques : la position du camp en faveur de l’application de la loi actuelle

Les risques liés aux ponts thermiques

Afin de défendre la RT 2012 actuelle, ses partisans pointent du doigt de nombreux risques, parmi lesquels :

- le mauvais traitement des ponts thermiques, malgré une isolation des bâtiments aux normes, entraînerait une déperdition de chaleur synonyme d’augmentation de la facture de chauffage pour les ménages ;

- la révision de la loi aurait des effets néfastes sur la santé publique, les ponts thermiques agissant sur le confort ainsi que sur la qualité de l’air en cas de mauvaise isolation des bâtiments. Déperdition de chaleur, condensation et résidus de matières organiques favorisent le développement de moisissures sur les murs et les plafonds. Un air de mauvaise qualité et trop humide provoque allergies et problèmes respiratoires. L’inhalation de spores malsaines entraîne des pathologies telles que rhinites, bronchites et asthme ;

- à isolation thermique équivalente en partie courante, on constate en moyenne deux fois plus de déperdition pour les façades aux ponts thermiques non traités par rapport à celles aux ponts thermiques traités.

Alléger la RT 2012 est-elle la bonne solution ?

Une fois ces risques potentiels listés par les adversaires du « groupe des 500 000 », ceux-ci mettent en avant plusieurs arguments en faveur de l’application de la RT 2012 actuelle. En voici les principaux :

- depuis sa parution, la nouvelle exigence de l’article 19 de la RT 2012 a particulièrement dynamisé l’offre des solutions de traitement, d’isolation thermique des bâtiments et plus généralement des entreprises de construction ;

- la profession du bâtiment est montée en compétence par l’innovation et l’investissement, apportant de nouvelles réponses à une architecture toujours plus performante et plus durable ;

- l’abandon de l’article 19 semble anachronique au vu de la mutation du construit vers des considérations environnementales prononcées (qualité de l’air, confort, santé des occupants)

- un mur isolé par l’intérieur sans traitement du pont thermique (U global = 0,63 W/m².K) a pour conséquence une déperdition de la façade multipliée par 3, selon André Pouget, à la tête du bureau d’études thermiques du même nom ;

- pour Raphaël Kieffer, Directeur Général de Schöck France, l’adoption d’une révision de la RT 2012 relative à l’isolation des bâtiments et aux ponts thermiques entraînerait une obsolescence des bâtiments neufs au bout de cinq ans.

La partie de la RT 2012 relative aux traitements des ponts thermiques continuera-t-elle à être appliquée telle qu’elle l’est actuellement ? Rien n’est moins sûr, tant les enjeux dans les secteurs de la construction et du logement sont importants. Si les partisans du projet de loi sont favorables à une simplification des critères visant l’isolation thermique des bâtiments, leurs adversaires stigmatisent un retour en arrière. La question suscite le débat et paraît loin d’être tranchée…